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24.05.2008

le rien à dire

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De passage par un centre commercial pour accéder à la bibliothèque municipale de Lyon, j'ai pu observer du coin de l’œil le spectacle originel de nos temples occidentaux: un geyser artificiel faisant office d'autel d'Église vers lequel cheminait chaque paroissien tenant d'une main solennelle son sac plastique ou bien poussant d'un pas austère son berceau métallique. Le jet d'eau mystique amenait l'assemblée des pêcheurs, condamné au faible pouvoir d'achat terrestre, à regarder vers la trouée centrale de la nef d'un regard coupable et envieux: le divin liquide culminait jusqu'au deuxième étage mais, refusant d'atteindre le sommet de la voûte pour la briser par son suc dissolvant, il retombait dans son cercle matriciel, tel un Prométhée inversée, heureux de s'éclater en flaques dans l'océan de carreaux javellisés. Ainsi il enseignait: Élevez-vous, frères humains, gagnez le sommet de la Part-Dieu par les escalators et admirez la suprématie des oeuvres divines qui vous nourrissent l'âme, Carrefour, Darty, Décathlon... Mes archanges vous guideront. N'ayez crainte de ne voir la lumière du jour, quiconque entrera dans mes boutiques aura la vue éternelle, car je suis le bon patron qui solde sans compter.

 

 

Le monde contemporain conduit droit au mutisme et la seule jouissance possible n'est plus de l'ordre du langage.

L'enfer de la communication a javellisé toute pousse métaphorique car le marché nécessite un déictique absolu qui extermine toute horizon poétique.

Le plaisir tient donc désormais à nos prunelles, maigres organes médusés par le faux.

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